Témoignages d'anciens combattants:
Frederick Joseph “Fred” Bourgeois

Armée

  • Frederick Bourgeois, novembre 2009.

    Historica Canada
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"On a marché de la Normandie à l’Allemagne. On était à pied nous autres. On faisait dix miles par jour."

Transcription

C’était la seule place qu’on pouvait aller pour gagner quelques piastres. On s’est décidé d’aller dans l’armée. Quand je m’y suis joint, j’avais 17 ans. J’ai un de mes frères qui a fait la guerre aussi. Il est venu après moi. On s’est rencontré en Hollande. Une soirée… j’ai parlé au sergent. Je lui ai demandé s’il connaissait un Bourgeois qui est revenu. Il me dit oui, il vient d’Ottawa. J’ai dit : c’est mon frère. C’était overseas [en outre-mer] en printemps 1942. J’étais dans le North Shore [New Brunswick Regiment] dans ce-temps là, le régiment North Shore. Après le raid de Dieppe, les Fusiliers Mont-Royal avaient tellement perdu d’hommes qu’ils ont pris tous les soldats francophones du régiment North Shore et ils les ont transférés au Fusiliers Mont-Royal pour regarnir leurs rangs. C’est pour ça que j’ai été obligé d’aller là. Je n’aimais pas ça.

J’ai pris une cours sur les premiers soins … ils m’avaient emmené pour être SB, stretcher bearer [brancardier]. Ce n’était pas pire, mais il y avait des moments rough [difficiles]. Il fallait s’accoutumer au sang. Il y en avait qui saignaient à mort. Il fallait tout faire pour les arrêter de saigner. On les laissait là et puis on revenait finir notre job après. On ne pouvait pas toute finir le job là. On les arrêtait de saigner en premier. Pour les jambes on faisait des tourniquets. Aujourd’hui ils ne font plus cela c’est des compresses. Ce n’est plus pareil, pas du tout. Les premiers soins ils ont tout changé ça. C’est moins de job. Il y en avait beaucoup qui réussissaient à s’arranger les jambes eux autres même, ils avaient la force. On les trouvait empoisonnés avec la gangrène. Après une heure ou deux, il faut que tu desserres le tourniquet pour laisser le sang sortir. Pour ne pas attraper la gangrène.

Ce n’étaient pas toutes des bonnes jobs mais tu devenais accoutumé. Nous autres on n’allait pas à l’hôpital. On passait les blessées au Medical Corps [corps médical]. Les gars derrière nous les amenaient à l’hôpital, mais nous on restait sur le champ de bataille. On a marché de la Normandie à l’Allemagne. On était à pied nous autres. On faisait dix miles par jour.

On est restés en Hollande tout l’hiver à attendre que les Russes soient plus proches de Berlin, pour que les Américains et les Russes puissent rentrer dans Berlin ensemble. On aurait pu rentrer en Allemagne, mais ils n’ont pas voulu. Ils nous gardaient en arrière. On a été obligé d’attendre jusqu’au printemps. On aurait pu finir ça l’automne. On aurait pu aller à Oldenburg, en Allemagne. Berlin était réservé pour les Anglais, les Américains et les Russes. Ils devaient rentrer ensemble, ça avait été arrangé comme ça. [L’armée russe gagna la bataille pour Berlin en mai, 1945].

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