Témoignages d'anciens combattants:
Roger Dufresne

Armée

  • journal de bord comprenant les étapes de l'entraînement et sommaire des salaires versés. de mars 1944 à février 1945.

    Roger Dufresnes
  • Souvenir de la camapgne de Normandie de M. Dufresnes. Une copie de la fameuse image prise le 21 aout 1944, lorsque le Major Currie, du South Alberta Regiment, qui a obtenu la croix de Victoria, accompagné d'une photo de la même rue et ferme aujourd'hui. M. Dufresne a ausi combattu à Falaise en aout du 1944.

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  • M. Dufresne est dans la rangée du haut, à droite.

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"Tous ces jeunes qui ne sont pas revenus, ce qu’ils seraient devenus s’ils étaient encore en vie. C’est bizarre, mais ça m’a hanté un peu ça."

Transcription

J’étais avec le régiment des Argyll and Sutherland Highlanders of Canada. Dans le cours de, sur la plage, pas loin de la plage, les petits villages allaient un peu à l’intérieur et on attendait pour monter au plus loin, là. La côte 195, on est arrivé en renfort, c’est là que j’ai eu mon baptême de feu moi, à la côte 195. Après ça, c’est vague, on n’était pas tellement dans le portrait nous les fantassins de ce qui se passait à l’état-major. On avait chacun nos objectifs, c’est comme ça que ça se produisait. On avançait aussi vite que possible sans se faire casser la gueule trop, trop. On libérait les villages français là. Non, on n’avait pas tellement de contact avec la population civile, d’après moi, non, pas tellement. Parce que la plupart des villages avaient été évacués quand même, chance, les gens se fuyaient. Mais on en rencontrait assez, oui, oui. Ils étaient bien fiers d’être libérés.

C’est nous, avec l’aide du regiment de chars des South Alberta on a fermé la dernière porte que les Allemands pouvaient se sauver par Saint-Lambert. Saint-Lambert-sur-Dive. Vous savez que la poche n’était pas hermétiquement fermée quand même; les Allemands ont pu évacuer pas mal de leur matériel et de leurs soldats quand même. Oui, Saint-Lambert laissait des traces pas mal. C’était quelque chose de spécial. Le lendemain matin, apparament il y avait des moulins à rumeurs, on a eu des nouvelles que les Allemands préparaient une contre-attaque contre Saint-Lambert. Donc nous, la compagnie, on s’est replié à l’entrée de Saint-Lambert, on s’est établi là puis on a creusé d’autres tranchées pour renforcer nos positions. Dans la même journée, je pense que c’était la journée du 20 août [1944], il n’y avait pas grand chose qui s’est passé mais il y avait beaucoup de prisonniers qui nous arrivaient. On ne savait plus quoi en faire.

Nous avions un char Sherman tout près de nous qui avait des problèmes de moteur. Mais il pouvait se servir de son armement pareil; son canon et ses mitrailleuses. Ils nous avaient prêté une mitrailleuse Browning que nous les fantassins on n’avait pas, pour augmenter notre pouvoir de feu. Durant la nuit, ça nous a très, très bien servi parce qu’on a eu un accrochage assez sérieux. Les Allemands étaient accompagnés d’un char eux autres aussi. C’est rare que les chars se promènent la nuit mais ils en avait un, eux autres puis le char Sherman l’a détruit et puis nous autres on s’occupait des fantassins. C’était assez brutal quand même. Dans l’infanterie, vous vivez quelques semaines sans enlever vos bottines.

Bon, ce qui est arrivé, moi j’avais pris un cours de motocyclette et quand on est sorti de la France, rendu en Hollande, on avait perdu des motocyclistes, des messagers, des DR, ce qu’on appellait dispatch riders. Puis ils en ont eu besoin d’un, puis j’ai eu la job dans la compagnie, moi. Comme dispatch rider, ce qui m’a permis de survivre surtout. On était toujours exposé quand même, mais moindre. Donc c’est là qu’ils nous ont annoncé que la guerre était finie. Je pense que c’était le 5 au soir, le 5 mai [1945]. Oui, parce que VE-Day [le jour de la Victoire en Europe] était le 8 mai je pense.

La réaction c’était tellement tranquille, qu’on n’entendait rien. Ils nous ont annoncé ça le soir, assez tard puis on n’entend rien. C’était calme, calme. Même avant je pense les gars ne se parlaient pas fort l’un à l’autre. La première chose que j’ai fait en débarquant du bâteau à Halifax, j’ai embrassé le ciment en dessous de mes pieds. Je me suis mis à genoux et j’ai embrassé le ciment. Ça m’arrachait un peu les larmes. Tous ces jeunes qui ne sont pas revenus, ce qu’ils seraient devenus s’ils étaient encore en vie. C’est bizarre, mais ça m’a hanté un peu ça.

Je suis retourné en Hollande en 1995. Les Hollandais nous ont traités comme de l’or, ce n’est pas mêlant là. Ils étaient très, très sympathiques ces gens là. Ils étaient tellement heureux d’être délivrés, c’était incroyable. Ils n’ont jamais oublié non plus. Vous regardez les tombes, l’âge de ces gars là qui ne sont pas revenus, c’est incroyable. Mais vous savez que le genre humain n’a rien appris. On se tappe encore dessus un peu partout là.

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