Témoignages d'anciens combattants:
Jean Claude Fortin

Forces aériennes

  • Jean Claude Fortin, à gauche, en Angleterre

    Jean Claude Fortin
  • Jean Claude Fortin, à gauche, durant une cérémonie du souvenir.

    Jean Claude Fortin
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"Surtout à l’époque il avait eu le plébiscite pour la conscription et le Québec avait voté contre. On n’était pas bien vu à l’Ontario."

Transcription

J’ai grandi dans la boulangerie avec mes frères. Dans ma famille, c’était quatre générations de boulangers. Il y en a qui sont allés aux Etats-Unis. À l’époque, on n’avait pas tellement de choix de carrière. L’aviation représentait l’aventure; de voyager ou d’aller en Europe aussi parce que à l’époque je me rappelle quand j’entendais parler d’Europe, je me disais un jour j’irais en Europe. Alors ça a été une façon de satisfaire mes idées.

On travaillait comme équipage de terre. On avait un avion qu’on était obligé de s’occuper de la maintenance. Tous les petits travaux ou les inspections qu’on faisait, il faillait signer le livre de bord, le « log book » qu’ils l’appellaient. On y mettait toujours nos initiales, notre nom sur les travaux qu’on faisait, sur la maintenance. Quand on travaillait sur les vols, mon travail ça consistait à réchauffer les moteurs, changer les bougies parce que souvent on avait les problèmes de bougies sur les moteurs, c’était des moteurs en étoile, des Pratt &Whitney.

Je suis parti d’Halifax, ils nous ont envoyé à New York sur la [RMS] Reine Elizabeth. Elizabeth II, je pense. C’était neuf jours en mer, à peu près. Pas tout à fait neuf jours en mer, parce qu’on était 24 heures. On était à peu près 13 à 14,000 sur le bâteau. Ils en embarquaient à 24 heures par jour sur le bâteau à différentes heures, différents groupes. Parce que chaque corps de métier on faisait à peu près la même chose, le même travail. On avait les 20-heures inspections, les 30-heures, les 40-heures, les 50-heures. Avec le log book, on avait juste à remplir ce qu’on avait à faire. On avait toujours un sergeant qui était en poste de commande par groupe de mécaniciens.

On avait des loisirs sur les stations où on était. Il y avait des équipes de balle-molle, il y avait du football, des choses comme ça. On avait du cinéma aussi, comme distraction. Tous les trois mois on avait deux semaines de vacances avec nos passes payées, notre transport, nos rations. Ça nous permettait de voyager, d’aller dans différentes villes. J’ai fait à peu près toutes les principales villes. J’allais souvent à Londres parce qu’à Londres on rencontrait toujours des Québecois, au Beaver Club [Maison du Canada]. Les anglais étaient très sympathiques comparés aux anglophones du Canada. Surtout à l’époque il avait eu le plébiscite pour la conscription et le Québec avait voté contre. On n’était pas bien vu à l’Ontario. Quand j’étais à St.Thomas, Ontario, on n’était pas très bien vu les Québecois à l’époque.

À l’époque, tout était convergé vers l’effort de guerre en Angleterre. Toutes les femmes travaillaient d’abord. Sur les fermes, il y avait des femmes aussi qui aidaient à la culture des fermiers. Et puis dans les usines, la plupart des femmes travaillaient dans les usines de guerre. C’était le 10 ou 11 de mai, je pense la fin de la guerre [le 8 mai 1945]. Moi j’étais en permission pour deux semaines à Londres quand c’est arrivé. À Londres, les gens étaient dans la rue, c’était la joie. On était content, ça faisait quasiment trois ans que j’étais là moi en Angleterre: 1943, 1944, 1945. On avait hâte de revenir chez nous. Je suis revenu chez nous, dans ma famille. J’étais bien reçu. J’avais ma place, j’ai continué à travailler dans la boulangerie.

L’automne passé, je suis allé avec ma fille en Angleterre, où j’ai passé trois ans. Mais c’était pas mal différent. Là ou je suis allé, la base où j’étais est devenu un terrain de camping à peu près comme ici à Montmagny [au Québec]. La madame qui était en charge du terrain de camping, elle a réalisé qu’on était des québecois. Elle dit que beaucoup de québecois venaient et elle nous a parlé. Il restait juste la messe des officiers et la salle des douches où on allait. Les pistes étaient toutes parties, ça ne paraissait plus.

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