Témoignages d'anciens combattants:
Paul Dumaine

Armée

  • Paul Dumaine debout devant sa tente lorsqu'il stationnait en Islande, 1940-1941.

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  • Pal Dumaine a peint cette scène du raid de Dieppe quand il était dans le camp de prisonniers de guerre, 1944.

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  • Paul Dumaine photographié en entraînement à Peterborough, Ontario, en 1940.

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  • Paul Dumaine a pris ce casque allemand quand il a été libéré du camp de prisonnier de guerre en Allemagne en 1945.

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  • Paul et Joan Dumaine le jour de leur mariage en Angleterre, le 4 juillet 1945.

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"Le 19 août 1942 on débarque à Dieppe. Ma fiancée ne sait pas où je suis rendu. Le combat a été mal arrangé. On a tout perdu ce qu’on avait à perdre."

Transcription

Il faut que je raconte ça; parce que il n’y a pas que la guerre; il y a aussi l’amour. J‘ai rencontré une jeune fille, que j’ai fiancé. On ne voulait pas se marier parce que la guerre existait assez forte que j’aurais pu être blessé ou tué. Alors, on s’était dit on va attendre après la guerre pour se marier. Alors, je l’ai fiancé. Elle était jeune. Un jour je pars pour l’Europe. Je débarque à Dieppe. Le 19 août 1942 on débarque à Dieppe. Ma fiancée ne sait pas où je suis rendu. Le combat a été mal arrangé. On a tout perdu ce qu’on avait à perdre. Je suis tombé blessé et puis j’ai été fait prisonnier.

Là bas les plages sont faites de petites pierres rondes. Tu marches et tu roules. Les tanks [chars d’assaut] ne peuvent pas avancer. Les petites roches embarquaient dans les tracks [chenilles] et puis ça cassait et ils restaient là. Tous les tanks étaient sur la plage. Quelques-uns sont rentrés dans la ville, mais ils sont revenus. La plupart étaient sur la plage et ils ne pouvaient pas avancer. Ils tiraient quand même, mais ils n’avançaient pas.

Les messages avaient peine à arriver. Les bateaux au large reçoivent un message : que la ville était occupée par des régiments canadiens-anglais, mais c’était faux. Ils avaient dit qu’il y avait seulement quelques hommes qui étaient rentrés là. Ils ont compris que le régiment était dans la ville. Alors comme c’était occupé, ils ont demandé aux Fusiliers Mont-Royal, la réserve, d’avancer. Ils ont eu le commandement d’avancer. On débarque en plein jour. On arrive sur la plage en plein feu. La bataille était là. Tout le monde mourrait et tombait mort partout, c’était épouvantable.

Moi je suis tombé après une heure. J’ai été blessé moi aussi, une blessure à la tête. Je suis resté longtemps à ne rien faire. Je ne pouvais pas marcher. J’étais comme paralysé. J’étais plein de sang, je voulais me lever. Je voulais aller à la mer me laver, j’ai voulu me lever, mais je n’étais pas capable. Mes jambes étaient paralysées par le choc, suite au coup que j’avais reçu. Il fallait que je me traîne sur mes coudes jusqu'à la mer. Je me suis lavé la tête avec de l’eau. Il y avait un gros bateau qui s’appelle un tank landing craft; un bateau qui débarquait les tanks. Les portes descendaient et les tanks débarquaient.

Il y en avait un qui était coulé sur la plage. Il était là et puis il brûlait. Juste un peu de feu. Il était là sur la plage et puis il ne grouillait plus. On se servait de cet abri pour se cacher des Allemands. Les blessés en arrière du bateau assis pour ne pas se faire tirer. Je suis allé là tout de suite. Je n’avais plus rien. Plus d’armes. Je me suis assis là. Je suis resté là un certain temps.

Tout d’un coup je vois arriver un Allemand qui débarque. C’est un aviateur, son avion était tombé et il s’en venait sur un petit radeau en caoutchouc. Il arrive sur le bord il débarque et s’en vient les mains en l’air vers moi en criant « Camarade ! Camarade !» Il pensait qu’on était pour le tuer. Il est venu et il s’est assis à côté de moi. Il sortait des portraits de sa poche, il me montrait sa femme et ses enfants. Il voulait m’adoucir le cœur pour pas qu’on le tue. Il disait « Fräulein, Fräulein », pour sa femme et puis «Kinder» pour ses enfants et puis il me montrait ça à moi. Moi je ne m’en occupais pas, je ne parlais pas allemand. Il est resté là jusqu'à la fin du combat.

Quand je suis revenu en 1945, j’ai marié ma femme. J’ai des portraits ici. J’ai marié mon épouse. Ça a été la plus belle chose de la guerre. À la guerre j’ai souffert, mais mon plus beau souvenir c’est mon mariage avec elle.

Moi quand j’ai été prisonnier j’ai été libéré. J’étais malade. En arrivant en Angleterre, j’ai été à l’hôpital pendant un mois de temps. Elle a su par d’autres que j’étais arrivé en Angleterre, à Aldershot. Elle était encore dans l’armée dans ce temps là, on n’était pas encore marié. Le colonel l’appelle à son bureau, il dit : « Joan, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. » Elle croyait que c’était des nouvelles de ses parents. « Votre fiancé est en Angleterre à Aldershot. Je crois que vous voulez le voir. » Elle dit, oui, oui, oui. « Je vais vous donner une passe, voulez vous habiller en civil et allez le voir. » Moi je suis couché dans mon lit. Ils me disent, « Dumaine, vous avez de la visite. » Elle arrive là. Trois ans. Quand je l’ai vu là, elle était si belle. Je l’ai pris dans mes bras.

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