Témoignages d'anciens combattants:
Ralph Earl “Earl” Scofield

Forces aériennes

  • Page du bombardier Halifax avec l'escadron 148, RCAF.

    photo provenant du site: http://www.geo-radar.pl/en/offer/research/archeology/halifax/index.htm
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"S’ils vous attrapaient dans leur faisceau ils élargissaient le faisceau et puis tous les autres projecteurs vous arrivaient dessus et puis ils vous tiraient dessus."

Transcription

Quand vous voliez au dessus du territoire allemand, vous gardiez toujours ) l’esprit les tirs de DCA, les canons de 88 mm de l’artillerie allemande nous tiraient dessus et il y avait des éclats d’obus qui explosaient de tous les côtés, en particulier quand vous étiez au dessus de la cible. Et puis les projecteurs allemands – ils avaient je ne sais pas combien, des centaines ou des milliers de projecteurs – au sol. S’ils vous attrapaient dans leur faisceau ils élargissaient le faisceau et puis tous les autres projecteurs vous arrivaient dessus et puis ils vous tiraient dessus. C’est vous qui deveniez la cible à ce moment-là et vous étiez une proie facile en quelque sorte, je pense. Alors ça vous restait toujours présent à l’esprit, d’essayer de rester à l’écart des projecteurs. Vous deviez surveiller quand vous étiez au dessus de la cible parce que vous étiez empilés les uns sur les autres à différentes altitudes, et certains se trouvaient à 28 000 pieds, 20 500 pieds, 21 000 pieds et ainsi de suite comme ça alors vous regardiez en l’air pour surveiller que vous ne rentriez pas dans un de vos propres avions. Vous regardiez en l’air et voilà un gars au dessus de vous qui est en train d’ouvrir la porte de sa soute à bombes. Il larguait tout son chargement sur vous donc vous deviez aller, il fallait vous bouger de là. Vous deviez surveiller, pas question de s’endormir. Vous ne pouviez pas vous assoupir. Vous deviez surveiller continuellement. Le premier vol, je crois qu’on a fait un vol au dessus de Heligoland, au dessus des abris de sous-marins. On volait à environ 20 000 pieds et ils nous ont tiré dessus jusqu’à ce qu’on commence à larguer les bombes. Ensuite ils ont arrêté de nous tirer dessus. C’était juste au dessus de la mer du Nord. Ils ont descendu quatre ou cinq de nos appareils. J’en ai regardé quelques uns sauter en parachute et ils ont atterri dans la mer du Nord. Ils ne survivaient pas très longtemps dans ces eaux glaciales. Vous aviez entre 15 et 20 minutes avant de périr. Une nuit on était au dessus de l’Allemagne et on a vu des jets allemands. Bon ça se passait vers la fin de la guerre. Les jets allemands sont montés tout droit ; ils volaient droit en l’air. Vous deviez les diriger sur une longue distance. Vous deviez tirer très loin devant eux parce qu’ils étaient tellement rapides. Au moment où vos obus arrivaient là-bas, vous deviez les diriger sur une longue distance pour les toucher. Les tourelles hydrauliques ne bougeaient pas si vite. La portée de nos canons était limitée, aussi, alors vous aviez de la chance quand vous arriviez à en toucher un. Il y en a eu quelques uns qui ont été descendus par des mitrailleurs de bord, mais pas tant que ça. C’était une bonne chose qu’ils ne soient apparus que vers la fin de la guerre et que les allemands aient été en rupture de carburant pour les jets, parce que c’était des avions dangereux et tellement plus rapides que ceux qu’on avait. Et voici quelque chose dont nous devons nous souvenir ; les avions de chasse allemands avaient une envergure de disons, 10 mètres, alors que nos bombardiers avaient une envergure de 25 mètres ou plus, alors ils avaient une amplitude de tir bien plus grande par rapport à nous, vous voyez ce que je veux dire ? Avec du recul, en y repensant, je crois qu’il y a eu tout un tas d’erreurs commises parce que lors d’un raid sur Nuremberg, le Bomber Command sous les ordres du Maréchal (Sir Arthur) Harris avait envoyé tous les bombardiers à Nuremberg par une nuit de lune et on a perdu (96) avions cette nuit-là. C’était une grosse erreur. Une grosse perte. Les américains perdaient tellement d’appareils ; ils faisaient surtout des raids en plein jour. La RAF (armée de l’air britannique) et la RCAF (armée de l’air canadienne) volaient de nuit principalement. Nous n’avions aucune protection de chasseurs mais les américains perdaient tellement d’avions qu’ils ont commencé à mettre des moteurs de Rolls-Royce dans les avions de chasse Mustang, et ils étaient très forts pour assurer la protection de leurs bombardiers. Vous ne pouviez jamais savoir ce qui allait se passer. Vous transportiez ce qu’on appelait un « Mae West » qui était un gilet de sauvetage gonflable pour le cas où vous deviez atterrir dans l’eau. Si les gens vous voyaient en train de descendre et qu’ils rapportaient l’endroit où vous étiez tombé, il leur arrivait d’essayer de vous porter secours s’ils savaient où vous étiez. On avait une certaine somme en monnaie étrangère sur nous au cas où on se fasse descendre en territoire ennemi. On transportait différentes sommes d’argent pour tenter de retourner en Angleterre. À un moment ils nous ont fourni un pistolet, un révolver, mais c’était mieux pour vous de ne pas en avoir comme ça les chances d’être fait prisonnier étaient plus grandes. Mais s’il vous arrivait d’atterrir sur un territoire où il y avait de nombreuses fermières en colère qui travaillant avec une fourche à la main, elles détestaient se faire bombarder. Elles détestaient l’armée de l’air et Hermann Goering (le commandant en chef des forces aériennes allemandes) disait que l’Allemagne ne serait jamais bombardée mais on leur a rendu quelques une des bombes qu’ils ont larguée en Angleterre. C’était une sorte de châtiment.
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