Témoignages d'anciens combattants:
Fernand Trépanier

Armée

  • Fernand Trépanier, Seaford, Angleterre, novembre 1942.

    Fernand Trépanier
  • Fernand Trépanier, Brighton, Angleterre, février 1945.

    Fernand Trépanier
  • Personnel de la Garde du Roi, Avril 1940.

    Fernand Trépanier
  • Italie, octobre 1943.

    Fernand Trépanier
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"On s’est battus à la baïonnette. Après avoir nettoyé ça un petit peu, nous avons fait face à un char d’assaut. Quand on a juste une petite mitraillette dans les mains et qu’on fait face à un char d’assaut."

Transcription

En 1939, quand la guerre s’est déclarée, j’ai pensé que je pouvais être militaire. Et surtout j’ai pensé que quand [Adolf] Hitler a déclaré la guerre le 1er septembre 1939 et 21 jours après, la Pologne déjà capitulait. Je m’en rappelle encore, du soir où nous avions appris à la radio que la Pologne avait capitulé après seulement 21 jours de combat, que c’était le début d’une grande guerre et qu’un jour ou l’autre je serai appelé à y aller. Et j’ai pensé, c’est une occasion pour moi de m’enrôler, car tôt ou tard on viendrait me chercher. J’étais aussi bien de m’enrôler, tout de suite, volontaire. C’était une cause qui méritait d’être défendue, la liberté.

On est arrivés en Angleterre. Ça, c’est à peu près la seule chose que je n’ai pas aimé de la part du gouvernement; ils nous ont envoyés outre-mer juste avant Noël. On a débarqué à Greenock [Écosse] le 18 décembre 1939. C’était pendant la période du blackout [obscurité totale] et du smog [brouillard]. C’est la pire période. On était dans l’obscurité complète, pas de lumière le soir en plein temps de Noël. Ils auraient pu nous garder ici avec nos familles, car pour plusieurs c’était peut-être leur dernier Noël.

On est arrivés à Farnborough [Angleterre] le 19 décembre. Le premier soir je suis sorti avec un copain qui venait de Rivière-du-Loup et qui ne parlait pas un mot d’anglais. On est arrivés à un carrefour, dans l’obscurité complète. Pas de lumières dans les maisons, pas de lumières de rue, surtout avec le brouillard, le smog. On voyait des autobus passer, mais on ne savait pas où ils allaient. On a frappé à la porte d’une maison pour avoir de l’information. Les gens nous ont accueillis. Nous étions les premiers Canadiens à arriver là. Ils nous ont offert le cup of tea [la tasse de thé]. Ils se demandaient si on avait des parents ou des amis en Angleterre. J’ai dit non. La mère nous a demandé: « What are you going to do for Christmas? Why don’t you come and have Christmas dinner with us? » [Que faites-vous pour Noël? Venez dîner avec nous?]On a été invité. Le premier soir on avait déjà une invitation pour le dîner de Noël.

La prise de Casa Berardi [en Italie, en décembre 1943], ça faisait près d’une semaine que les troupes canadiennes étaient presque immobilisées. Les Allemands avaient fortifié le château qui se trouvait en hauteur. C’était réellement fortifié, une vraie citadelle. Sans déprécier les autres régiments, avant nous il y avait huit régiments qui avaient attaqué le château sans succès. On était neuf régiments dans la division canadienne. Après une étude des résultats, le capitaine [Paul] Triquet, qui a reçu la Croix Victoria, en regardant un peu, a dit: « Ils n’attaquent pas à la bonne place». Il dit au commandant [du Royal 22e Régiment, le lieutenant-colonel Paul-Emile] Bernatchez « Il faudrait attaquer par là». Bernatchez lui a fait confiance et il a décidé qu’il fallait faire un detour, faire un crochet et attaquer par le flanc. Puisqu’on était le dernier régiment de la 1ère Division canadienne [d’infanterie] à attaquer, on a tout risqué, on a attaqué et on a réussi à percer. J’ai vu du courage des hommes. Il y a eu une bonne direction. Un bon plan d’attaque. Le vrai succès c’était la façon que les hommes l’ont exécuté.

Tout de suite en partant nous sommes tombés en corps à corps avec des troupes d’infanterie. On s’est battus à la baïonnette. Après avoir nettoyé ça un petit peu, nous avons fait face à un char d’assaut. Quand on a juste une petite mitraillette dans les mains et qu’on fait face à un char d’assaut. On a réussi à faire sauter le char d’assaut. Après la première étape, il restait environ 35 hommes. Il restait une deuxième étape avant de se rendre à la casa. On a réussi; le courage des hommes c’était formidable.

C’est à la bataille de Casa Berardi que j’ai été blessé. On avait pris la casa. On était rendu, on contrôlait la casa, le château; les derniers Allemands s’étaient sauvés. Les Allemands ont contre-attaqué pour essayer de la reprendre. Il ne nous restait que 17 hommes sur 85. Un obus a explosé derrière moi et j’ai été blessé aux jambes. Je ne pouvais pas marcher. J’ai pensé qu’il fallait être évacué mais il n’y avait plus de brancardiers. J’ai dit à mon commandant de compagnie le capitaine Triquet, « Je ne peux pas marcher, je dois être évacué. » Il a dit, « On ne peut pas vous évacuer, car il n’y pas de brancardiers et il est impossible d’en avoir. Ils sont tous morts ou blessés.» Je devais sortir de là. Nous avions un prisonnier allemand. J’ai pris le prisonnier allemand, mais mon commandant ne pouvait pas me donner d’escorte. J’avais un Luger allemand, un pistolet que j’avais récupéré. Le meilleur pistolet au monde, le Luger. J’ai pris l’Allemand et je lui ai demandé s’il parlait français. Nein! Do you speak English? Nein! Parlante italiano? Nein! Je lui ai fait signe que je voulais être évacué. Il me regarda et il me répondit que non. Je l’ai retourné et une fois qu’il avait le dos tourné, je lui ai enfoncé le pistolet dans les côtes et je l’ai pris par le cou. Get me out of here! [Sors-moi d’ici!]

Pour être évacué, il y avait une partie, le chemin le plus court était encore sous le feu des mitrailleuses allemandes. Mais c’était le meilleur trajet pour aller vers l’arrière. En passant là sur le dos d’un Allemand, ils ne nous ont pas tiré dessus. C’est comme ça que j’ai réussi à être évacué, avec un Allemand. Après on m’a blâmé indirectement d’avoir fait un travail de Croix Rouge avec une arme. Je n’avais pas le choix. Je ne l’ai pas maltraité, l’Allemand. Je m’en suis servi.

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