Témoignages d'anciens combattants:
Danny “Boone” Arntsen

Armée

  • Les habitants de l'île Tiwi de Melville Island préparant le retour à la tombe d'un membre décédé, pour remercier le grand esprit pour sa vie. Photographie prise par Danny Arntsen en 1944.

    Danny Arntsen
  • Danny Arntsen (2ème à gauche) attaché au Bureau de l'Intelligence Alliée et stationné à Melville Island en 1945.

    Danny Arntsen
  • Danny Arntsen dans l'armée australienne, 8ème atelier avancé, en novembre 1944.

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  • Danny Arntsen avec des transmetteurs à Caboolture QLD, Australie, 1945. Les objets ronds sur les étagères sont des cristaux permettant des contrôles de fréquence. Chaque fréquence a un code. Envoi et réception des messages pour le Bureau de l'Intelligence Alliée.

    Danny Arntsen
  • Danny Arntsen avec ses camarades marins à bord du Fort Providence se dirigeant vers Sydney, Australie, en juillet 1944.

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"« Avec sa tête de gamin, il semblait à peine avoir 18 ans. Il se tenait debout, les yeux écarquillés et tremblant de tous ses membres. Nous tentions de lui parler mais n’arrivions pas à communiquer, puis il a finalement dit qu’il avait sauvé son casque. »"

Transcription

On est arrivé à San Francisco. L’officier de liaison là-bas était le Capitaine Sidney Bracey. [Il] nous a dit « vous n’allez pas plus loin parce que c’est à ce point que les choses sont sensées rester secrètes ». Il a dit que nos services secrets étaient informés que les services secrets japonais savaient que nous allions partir là-bas dans la journée et que, par conséquent, le départ du bateau avait été annulé. On est donc resté là-bas pendant un temps interminable. Un jour, je descendais l’une des rues de San Francisco, là où se trouvait le bureau du capitaine, alors je suis entré et je lui ai demandé s’il avait une idée [de ce qui se passait]. C’est là qu’il m’a dit : « Danny, j’ai deux problèmes. Je dois faire traverser les Canadiens et ce matin, j’ai eu la chance d’avoir un navire américain, ou plutôt un navire britannique avec du matériel pour les Australiens qui manquaient d’artilleurs ». Alors j’ai demandé : « quel genre ?» et il m’a dit qu’il y avait un [canon obusier/Howitzer] 25 livres [tir rapide] à l’avant, un 12 livres [canon anti-aérien] à l’arrière, des Oerlikons [canons anti-navires et anti-sous-marins] et des Brownies [mitrailleuses lourdes Browning] sur les côtés. J’ai dit : « oh, j’ai fait mon entraînement avec ça » (ce n’était pas vrai). Sur l’artillerie lourde, oui. Je me rappelle encore quand ils ont fini, il a pointé son doigt sur ma poitrine et il a dit : « Danny, tu es dans la marine britannique ».

Le lendemain, on est parti pour l’Australie. On a détecté un sous-marin japonais sur notre ASDIC [Anti-Submarine Detection Investigation Committee : Commission commune franco-britannique de lutte anti-sous-marine] et on a pris des mesures d’évitement. Imaginez, ça nous a pris 26 jours pour aller de San Francisco à Sydney, Australie, sans aucun arrêt, pour éviter le sous-marin. On devait entrer dans le port de Sydney à 7 h ce soir du 18 août et il y a eu une tempête terrible. Et vous savez quand on se heurtait à ces grosses vagues, le bateau se mettait à gémir comme si on pinçait un million de cordes de violons, il se mettait à geindre. On a dû faire demi-tour et résister à la tempête.

J’étais de garde quand ils m’ont rappelé. Il y avait déjà du poisson qui tressautait sur le pont quand on est descendu et quand on est remonté, une hélice sortait à l’arrière et redescendait en piqué dans l’eau et le gouvernail sortait et secouait ce bateau comme un chien secouerait un lapin. En tout cas, le lendemain, la tempête s’est calmée, alors on s’est dirigé vers l’Australie, port de Sydney. On était sur le point d’entrer dans le port quand il [sic] a fait exploser le bateau immédiatement devant nous. Les quatre qui ont été sauvés se sont retrouvés assez près d’un bateau pour pouvoir être repêchés. Alors vous vous imaginez ce que c’est que d’être projeté dans les airs, de retomber et d’avoir la chance d’être repêché.

On est allés parler à ces garçons et l’un d’un avait, il avait une bouille d’enfant d’environ 18 ans, mais il n’avait pas l’air aussi âgé. Il se tenait là, les yeux grands comme des soucoupes, tremblant. On a essayé de lui parler et on ne pouvait pas lui parler. Finalement il a dit « J’ai sauvé mon bonnet » et il l’a retourné et il a regardé et il a commencé à pleurer. Il a dit : « À mes camarades ». Évidemment ça valait plus que son propre bonnet, je pense.

Tous nos radars ont été améliorés. On devait les laquer pour qu’ils ne rouillent pas. Chaque pièce devait être laquée parce que dans les tropiques, elles rouillaient. Quand on a terminé ça, c’est là qu’ils sont venus, ils cherchaient des gens pour entrer dans les services secrets. J’étais en congé, je n’étais pas là à l’époque, mais le Capitaine Schnell, qui nous connaissait très bien, il leur a dit (ils en voulaient douze), il a dit : « Je vous donne un homme, Arntsen, et vous choisissez les onze autres ». C’est comme ça que je suis entré dans les services secrets.

On est arrivé dans l’île Melville [Australie] puis, juste avant le repas du soir, je suis allé dîner, deux d’entre nous sommes allés dîner, j’étais l’un d’eux, les autres gars travaillaient. J’ai eu mon dîner. Quand on est revenus, on a découvert qu’on avait déjà capté un message de Timor, à ce moment-là, c’était la position la plus au sud des Japonais. Ça nous disait, ça envoyait des messages à Tokyo, nous disant combien d’entre nous avaient atterris. Et c’était le nombre exact. Ils disaient juste. Alors ils nous ont dit : « Laissez-nous tranquille, découvrez ce qu’ils font et faites-nous un rapport plus tard ». Quelques jours plus tard, on a capté un rapport qui disait qu’ils ne parvenaient pas à déchiffrer notre code et qu’ils ne connaissaient pas nos intentions. C’est là qu’ils leur ont donné l’ordre de nous bombarder. Par conséquent, on a contacté le continent et ils nous ont envoyé un avion, un bombardier et je pense que c’était, si je me souviens bien, trois chasseurs, peut-être qu’il n’y en avait que deux. Mais le bombardier y était et il volait bas pour éviter la zone des radars. Mais ils avaient peur, il y avait un peu de vent contraire qui aurait pu les retarder et ils devaient être à l’heure presque à la minute près. C’est comme ça qu’ils sont entrés. Et ils sont arrivés juste à temps. Ils avaient leurs avions sur la piste. Ils n’avaient qu’à larguer leurs bombes au bout de la piste pour qu’ils ne puissent pas décoller et ensuite ils ont fini le boulot.

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