Témoignages d'anciens combattants:
Harry Hettema

Armée

  • Harry Hettema à Saskatoon, Saskatchewan, le 5 Juin 2010.

    Historica Canada
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"Une foule de types de l’armée allemande entraient dans la grange pour leur dire que la guerre était finie et qu’ils ne pouvaient rebrousser chemin, car leurs officiers les tueraient tous."

Transcription

Et bien, quand la guerre a commencé je vivais dans une ferme au Manitoba. Mon père n’était pas à la maison ; mon père était déjà dans l’armée. Et il y avait déjà passé deux ans à ce moment-là. Et puis on a déménagé à Regina, j’avais un oncle qui habitait à Regina et il m’a proposé un travail à Regina dans la même société pour laquelle il travaillait. Alors j’ai déménagé là-bas et finalement, je, ils m’ont dit, oh tu vas être appelé de toute façon, Harry, alors tu ferais mieux, tu pourrais aussi bien t’engager – être un zombie comme ils appelaient ça et beaucoup de gens qui ne se portaient pas volontaire même après avoir été appelé ; ils avaient un numéro matricule différent. Alors j’ai dit, oh bon, je vais m’engager, je ne vais pas être comme ça. Mon père a fait la Deuxième –la Première Guerre mondiale, il a fait la Deuxième Guerre mondiale en tant qu’interprète, il parlait cinq langues. Il était originaire de Hollande ; pas ma mère mais mon père oui. Il était là pendant que j’étais dans l’armée, les forces armées, il était stationné à Medicine Hat (Alberta) et j’avais l’habitude de prendre des permissions de temps en temps pour descendre là-bas et rester avec mon père, ce que je trouvais très sympa. Et je passais quelques jours avec lui là-bas et puis je suis allé, après coup, j’ai passé deux mois à Calgary je crois et je suis descendu à Debert en Nouvelle Ecosse, de là je suis parti outre-mer, à bord d’un bateau pour Halifax. On est allés à Halifax, on devait aider à faire descendre des prisonniers de guerre du bateau, nombre d’entre eux étaient en très mauvaise forme, les prisonniers. Certains d’entre eux étaient grièvement blessés. Et des barbelés sur les ponts, ils étaient tous entourés de fil de fer barbelé. Et il nous a fallu enrouler le barbelé pour qu’ils puissent, pour qu’on puisse… C’était une sacrée expérience, de monter sur un bateau et on pris un bateau le, la veille de Noël je crois et on s’est retrouvés en Angleterre pour le jour de l’an. Et on est resté à Aldershot pendant trois semaines, peut-être quatre, bon, trois semaines en tout cas. Et puis de là on est allé à Gent en Belgique. Et de Gent, là-bas, je suis parti pour les lignes de front. Ouais. Et on passait deux semaines d’un coup sur les lignes de front et on rentrait pour une durée de deux semaines au moins, pour nous doucher et nous changer. Les Winnipeg Rifles nous remplaçaient. Et puis on partait pendant deux semaines, si on avait besoin de nouvelles recrues, on aurait plus d’hommes peut-être. On recevait toujours des vêtements propres et tout ça, ouais. Et puis on revenait et on remplaçait les Winnipeg Rifles. Et j’avais un ami qui était dans les Winnipeg Rifles au même moment et on avait l’habitude de se retrouver pour savoir si on était tous les deux encore en vie. Ouais. Parce qu’il était entré dans les Winnipeg Rifles et on était parti à l’armée tous les deux ensemble. Alors on faisait attention l’un à l’autre en quelque sorte. On est tous les deux rentrés chez nous. Quand la guerre s’est terminée, on était en Allemagne, on se tenait dans une grande grange la nuit. Et ils nous ont dit que la guerre était terminée. Bon, il y a eu tellement de soldats allemands qui sont venus dans la grange pour leur dire que la guerre était terminée et ils disaient : « Bon, on ne peut pas repartir parce qu’on va se faire tuer, nos officiers vont nous tuer ». J’ai dit : « Alors, jetez vos armes ici et vous pouvez rester là-bas dans cette autre grange jusqu’au lever du jour et puis ils sont partis et nous sommes partis. C’était la fin de, ils n’avaient pas vraiment de balles, leurs balles étaient en bois vers la fin. Je veux dire, ils n’avaient plus de plomb. L’Allemagne était dans un état épouvantable et ça, quand on… Je ne parle jamais de ce qui s’est passé. Il y a des choses que j’ai vraiment essayé d’oublier. De nombreuses fois on s’est battus et ce n’était pas joli à voir. Vous vous concentrez sur votre vie. Si vous, de votre mieux, vous savez. En tant que messager du régiment, vous deviez faire la navette entre les différentes sections pour savoir comment ils allaient, voir si tout le monde allait bien. Personne qui soit trop grièvement blessé. A ce moment-là, ça ne semblait pas vous gêner. C’est quand vous n’y étiez plus, les choses commençaient à vous trotter dans la tête, bon, bon sang, on a eu vraiment de la chance. Ça aurait pu être pire. Et puis vous alliez essayer de parler avec vos amis, qui disaient, bon, Harry, tu as de la chance d’en être revenu, hein. Et je disais, oh oui, pas de souci. Mais c’était un problème mais ça n’en était pas un à l’époque.
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