Témoignages d'anciens combattants:
Alex Polowin

Marine

  • La Légion d’honneur, remise par le gouvernement français à Alex Polowin en 2005 pour son service dans les convois maritimes en direction du nord de la Russie.

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  • Alex Polowin recevant la Légion d’honneur française, un des rares canadiens à avoir reçu cette distinction.

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  • L’ambassadeur de Russie au Canada Georgiy Mamedov remettant à Alex Polowin la Médaille de la Paix russe en mai 2010 pour sa participation dans les convois qui allaient en Russie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

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  • Les médailles de service d’Alex Polowin, y compris la Médaille du Passage de Mourmansk, qui salue son service dans les convois qui allaient dans le nord de la Russie.

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  • Alex Polowin lors de l’événement du Projet Mémoire au centre de santé des anciens combattants Perley Rideau à Ottawa le 9 juin 2011.

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"Et ces trois destroyers anglais l’ont poursuivi et ont commencé à faire feu sur lui avec leurs canons, à lui tirer dessus. Et ça tirait de partout sur ce Scharnhorst."

Transcription

En retournant en arrière jusque dans les années 1937/38, un petit peu avant la guerre, on a commencé à penser, je n’étais pas très bien informé alors mais en regardant en arrière, ma mère s’intéressait beaucoup à ce qui se passait avec sa famille en Lituanie (la montée de l’antisémitisme et la violence qui allait avec). Et la guerre a commencé en 1939 et à ce moment-là, elle n’arrivait plus à obtenir de renseignements mais ses amis, des gens de sa famille plutôt qui étaient eux aussi nés en Lituanie et qui vivaient dans le Massachusetts (États-Unis) s’arrangeaient pour lui faire parvenir les renseignements qu’ils recevaient. Et je voyais régulièrement ma mère pleurer quand elle recevait des nouvelles et c’est après que la guerre ait commencé que ses frères et sœurs se sont faits assassinés et d’autres parents et je la regardais pleurer et ça a eu un grand impact sur moi, vraiment (après l’occupation de la Lituanie par l’Allemagne, eurent lieu des crimes de grande envergure et parmi les plus violents commis pendant l’holocauste).

Et ensuite j’ai commencé à penser à ce que je pourrais faire pour participer à l’effort de guerre, que pouvais-je faire, j’étais trop jeune pour entrer dans l’armée à ce moment-là. Et un ou deux ans sont passés, et puis j’ai décidé que je voulais essayer d’entrer dans la marine. Et puis on a été détachés sur notre bateau, le NCSM Huron (un destroyer classe tribal) pendant l’été 1943 et la mise en service a été faite par ne certaine Lady Minto, qui était une montréalaise de naissance. Ils l’ont baptisé au champagne (le navire) et c’était notre nouvelle demeure, le NCSM Huron.

Et puis on a commencé à faire de l’exploration au large des côtes norvégiennes. On pourchassait un navire de guerre nazi qui s’appelait le Tirpitz et après plusieurs sorties comme ça au large de la Norvège, on n’arrivait pas à trouver le Tirpitz parce que le Tirpitz ne se trouvait pas là, il était parti dans un port d’Europe de l’ouest, alors on n’a jamais vu ce navire, vous savez. Et on nous a donné un autre boulot à ce moment-là, les convois de Mourmansk (pour transporter du ravitaillement dans les ports du nord de la Russie pour aider l’effort de guerre soviétique).

Or, le mois de décembre (1943) est arrivé et en décembre, il y avait quelque chose d’important qui allait se produire à en croire notre skipper et notre capitaine, Herbert S. Rayner. On a eu une réunion et il nous a dit qu’on allait escorter un convoi de navires, on allait se rendre près de la côte norvégienne pour essayer d’obliger un navire de guerre nazi, du nom de Scharnhorst, à sortir et nous poursuivre. On avait une carte sur la cloison et on nous disait chaque jour à quelle distance de notre cible on était. Et tout le long, il y avait un appareil nazi, on les s’appelait des Blohn and Voos (société de construction aéronautique allemande), qui faisaient des cercles au dessus de nos têtes, en nous espionnant. On savait que ça faisait partie du jeu, on commençait à leur tirer dessus, tout en sachant qu’on ne pouvait pas les atteindre, ils n’étaient pas dans notre champ de vision.

Et puis finalement, à la fin, le Scharnhorst est sorti et le Scharnhorst s’en est pris à notre convoi. Et (après avoir plusieurs engagements navals avec divers vaisseaux britanniques) ces trois destroyers anglais l’ont poursuivi et ont commencé à faire feu sur lui avec leurs canons, à lui tirer dessus. Et ça tirait de partout sur ce Scharnhorst.

Et c’est alors que le jour J est arrivé (l’invasion alliée en Normandie, en France le 6 juin 1944) et notre boulot là-bas c’était d’empêcher la côte d’être bombardée, notre boulot c’était de partir à la recherche de l’ennemi qui arrivait pour empêcher les canadiens et les autres soldats de débarquer et de les empêcher d’arriver jusque là. Et c’était ça notre travail. Et pendant trois jours, on a persisté à chasser l’ennemi et finalement, on était dix en tout, la 10ème flottille de destroyers sous les ordres du Commandant (Henry) « Harry » De Wolf, il avait un surnom : « Hard-Over-Harry ». Et on s’est tous mis sur eux et on a attrapé une flottille de destroyers nazis, trois jours après le jour J. Quelle journée. Bon, on était plus nombreux qu’eux, on était plus nombreux et heureusement, on les a tous mis hors d’état de nuire. Je ne peux pas dire qu’on les a coulés mais on les a mis hors d’usage et terminé.

Et on a été en congé, on est rentrés chez nous en permission et c’était merveilleux. Mon père et ma mère, mon frère et mes sœurs étaient tellement heureux que je revienne en un seul morceau. Et la guerre était terminée mais une nouvelle démarrait : qu’allais-je pouvoir faire pour le restant de mes jours ? Et c’était, c’était monumental et plus impressionnant qu’on imagine. J’étais mineur quand je suis entré dans la marine et me voilà de retour et je n’avais que 20 ans moins deux jours quand la guerre s’est terminée. Et je suis passé par toutes sortes de tribulations pendant environ trois ans. Finalement, j’ai trouvé quelque chose que je voulais faire et je suis très heureux, c’est ce que je fais encore aujourd’hui.

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