Témoignages d'anciens combattants:
Richard Holmes

Armée

  • Richard Holmes en tenue de combat avec une écharpe camouflage faite en tissu d'un parachute. Février 1945, lors d'une permission à Rome.

  • Lettre de félicitations accompagnant une médaille, signée par le Roi George VI à l'attention de Richard Holmes pour ses efforts en Crète en juillet 1943.

  • Lettre officielle du Général Wilson et du Général Scobie décernant une Médaille Militaire à Richard Holmes. Il y est attesté son rôle dans l'attaque aérienne d'un réservoir de carburant près de Peza, en Crète, le 4 juillet 1943.

  • Médaille Militaire décernée pour son « Courage sur le Terrain » ; il a détruit un réservoir de carburant en Crète le 4 juillet 1943. « L. CPL RJ Holmes» (Caporal Suppléant R.J. Holmes) est gravé sur le contour de cette médaille en argent.

  • Richard Holmes (à droite) et son compagnon soldat SBS Fred Crouch sur l’île de Leros à la veille de l’Occupation allemande, octobre 1943. Fred Crouch fut tué dans la plus grande section vue par le SBS pendant la Seconde Guerre Mondiale

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"Je suppose que j’ai eu de la chance, je ne me suis jamais retrouvé dans cette situation mais je dirais que, on n’a pas pris tant de prisonniers que après."

Transcription

1943 Raid sur la Crète et une Médaille militaire gagnée

C’était ma première opération avec le SBS (Special Boat Service) en 1943. Le but de toute l’affaire était de faire en sorte que les avions restent éloignés de la flotte d’invasion qui allait en Sicile. Alors on a marché vers la cible, qui était une cuvette et l’entrée par laquelle on est arrivés se trouvait ici et puis il y avait des dépôts de ravitaillement ici et il y avait une clôture en fil de fer barbelé.

Tout le monde avait quatre bombes incendiaires, celles-là s’appellent des bombes Lewis. C’est de l’explosif plastique mélangé à du gasoil et de la thermite. Et la thermite crée une étincelle. Si vous mettez une bombe ordinaire sur un baril d’essence, ça ne va pas s’enflammer. Mais ça va libérer l’essence. Quoi qu’il en soit, on les a mises dessus et puis pendant que j’étais sur place, un chien de garde s’est approché et ils étaient en train de patrouiller et ils se sont tous retrouvés juste à l’extérieur du dépôt où je me trouvais. Et je venais juste d’appuyer sur le détonateur de la mèche lente, on avait des détonateurs à retardement en forme de crayon, et les chiens tiraient fort sur leur laisse. Et ils savaient que j’étais dans le dépôt. Et ils tiraient fort sur la laisse et les gardes les tiraient en arrière en leur disant de se taire et Dieu sait quoi et j’ai sorti mon, j’avais un gros Webley .445 (pistolet) et je l’ai dégainé et j’ai pensé : « Bon sang, si ce dépôt saute maintenant, je suis dans la merde. »

En tout cas, ils étaient partis et j’ai attendu 10 minutes pour être sûr que ça allait et j’ai commencé à sortir du dépôt et deux autres se sont présentés. Alors je me suis retrouvé coincé là-dedans pendant, bon, trois-quarts d’heure au moins, après avoir mis la bombe en place. Alors au moment où je suis sorti pour aller rejoindre les autres là où ils m’attendaient, il s’était passé une heure, alors l’officier a décidé qu’on n’allait plus en mettre d’autres, qu’on allait partir. Et nous voilà partis et on a retrouvé le guide et le guide, on a attendu sur le flanc de la montagne et on a observé les dépôts sauter et on les a regardés se répandre sur une zone importante parce qu’apparemment, les bombes qui, le carburant que j’avais détruit, les conteneurs avec le carburant dedans avaient sauté par dessus de la barrière et mis le feu au reste du dépôt en tout cas. Alors à ce moment-là, ils ont estimé qu’il y avait dans les 115 000 litres de carburant pour les avions qui se sont envolés en fumée. Alors c’était plutôt bien. Et ensuite on est rentrés.

Derrière les lignes ennemies en Yougoslavie

Tout était installé et le caporal du RE (Royal Engineers) sur le côté venait juste d’allumer la mèche lente sans se presser pour s’éloigner. Et (Anders) Lassen*  m’a donné la boite, un de ces petits pistons et on est partis et je me suis rendu compte avec horreur qu’il y avait 225 kilos d’explosif juste là et à une trentaine de mètres, c’est moi à cette extrémité du fil. Bon j’ai nettoyé les bornes et enroulé le fil autour de la borne, revissé la vis d’arrêt, la tenais prête et Andy a dit : « Bon allez, déclenche-la. » Alors (…), silence complet. Alors j’ai pensé nom de Dieu. Donc je pensais que je l’avais nettoyée, j’ai recommencé et rien ne s’est passé. Alors Andy s’est relevé. Il a dit : « Bon, il va falloir qu’on trouve ce qui cloche. » J’ai répondu : « Une minute. Le caporal là-bas a déjà allumé les mèches, alors attendons jusqu’à ce que ses mèches fassent leur effet. » Alors il s’est rassis.

Et on était derrière deux énormes rochers et puis il s’est impatienté et : « Allons-y ! » et il s’es levé, ce maudit truc a sauté. Je pense que c’était, juste jeté un coup d’œil par dessus mon épaule, il y avait un morceau de rocher de la grosseur d’une petite maison qui est passé à un mètre cinquante au dessus de sa tête. Alors j’étais sous ce (…) sous ce roc ça tombait très bien. En tout cas, quand c’est retombé, on a décidé d’attendre pour voir l’étendue des dégâts mais il y avait tellement de poussière, ça aurait pris des heures alors on est monté à flanc de montagne et on est passé de l’autre côté de la colline.

Et de bonne heure le lendemain matin je crois, on est descendus pour voir les dégâts causés et à notre grande joie, ils avaient été projeté, les contreforts avaient complètement sauté sur des mètres. Alors on était très content. Puis dans l’après-midi quelqu’un a crié, j’ai oublié ce qu’ils ont crié mais ils criaient quelque chose de pas très gentil, et on a regardé en haut et on a tiré la sonnette d’alarme et il y avait toute une, bon un peloton presqu’entier, je pense qu’ils étaient une quarantaine. Et c’était des oustachis, des soldats croates (fascistes) commandés par des allemands. Et ce gars avait réussi à les organiser ; ils savaient très bien ce qu’ils faisaient. Et ils étaient tous équipés de fusils et j’avais une mitraillette Thompson, on avait une mitrailleuse Bren, la plupart des autres avaient ce qu’ils appelaient des carabines M1 calibre 30 avec une portée de deux à trois cents mètres environ. Or ces gars auraient pu garder leurs distances et nous auraient éliminés comme personne.

Et nous sommes restés là et je suis parti pour aller chercher mon sac et Andy a dit : « Non ! » J’ai demandé : « Qu’est-ce que tu entends par non ? » Il a répondu : « Non, on va resté ici et se battre. » Bon, ce n’est pas ce qu’on fait, nous. Je veux dire, nous on arrive, on fait sauter des trucs, et on se barre. Et j’ai essayé de lui expliquer ça et tout à coup un truc m’a traversé l’esprit, j’ai dit : « Les Partisans** sont-ils  engagés là dedans ? » Et il a répondu : « Oui. » J’ai dit : « Est-ce qu’ils t’ont dit… » C’est amusant, vous savez, il pouvait communiquer avec les gens même s’il ne parlait pas leur langue. Il parlait très bien anglais et assez bien grec et danois évidemment et j’ai dit : « Nous ont-ils déclaré leur loyauté éternelle à savoir qu’ils vont se battre jusqu’au dernier ? » Et il a dit : « En quelque sorte. » a-t-il dit. Alors j’étais dégoûté. Et puis il a choisi un endroit dans les bois, je veux dire, entouré d’arbres, c’était une cavité dans le sol. Et il nous avait fait mettre au fond de la cavité. Alors on ne pouvait pas voir les oustachis passer à travers les arbres, on ne pouvait pas les voir du tout. Alors ils venaient juste venus au bord de la cavité et lançaient des grenades dedans et on était mal barrés.

Alors j’ai pensé : «  Mon Dieu il faut qu’on fiche le camp d’ici. » Alors je suis remonté sur la corniche et j’ai grimpé sur un petit arbre et juste en arrivant sur la branche la plus haute capable de supporter mon poids, j’ai regardé en bas et on avait une dizaine de partisans avec nous, à ce propos, deux d’entre eux étaient des femmes, tout le reste c’était des hommes et ils étaient juste (…) en train de passer furtivement derrière la crête et de s’en aller. Alors j’ai appelé Lassen en bas : « Tu as dit qu’ils combattraient jusqu’au dernier ? » Et il m’a répondu : « Oui ! » J’ai dit : « Grouille-toi de monter et tu les verras se barrer. » Et il a vu le dernier d’entre eux disparaître. Ils ne se sont pas battus.

Et puis on est partis tout simplement, on s’est perdus dans les montagnes quelque part, et on a trouvé, on n’avait plus notre paquetage parce qu’il l’avait laissé dans un autre endroit. On a trouvé un champ de patates sauvages et on a réussi à survivre grâce à ça pendant trois jours jusqu’à ce que les Partisans nous retrouvent et nous ramènent à la base où on a pris un bateau. Et voilà.

L’Ordre des commandos

On a perdu, quatre de nos gars ont été faits prisonniers, exécutés. Emmenés en prison sur une des îles et ensuite emmenés en Grèce et interrogés énergiquement et descendus, comme ils disent. L’ordre d’interrogatoire était signé, et il y a une preuve de ceci, de la main de Kurt Waldheim, Secrétaire général de l’Organisation de Nations Unies. Il l’est devenu après la guerre. Et il a signé l’ordre. Il y a eu un gros scandale à ce propos en Angleterre au milieu des années soixante je crois. Et ils ont découvert cet ordre signé de sa main. Alors c’était lui sans aucun doute. Ils ont lancé des tracts et une chose et l’autre, on ne s’est inquiétés outre mesure pour ça, qu’est-ce que ça peut bien faire.

Je suppose que j’ai eu de la chance, je ne me suis jamais retrouvé dans cette situation mais je dirais que, on n’a pas pris tant de prisonniers que après.

* commandant du SBS et récipiendaire de la Croix de Victoria

** les résistants yougoslaves qui combattaient pour le Maréchal Tito contre l’occupation allemande en Yougoslavie

Date de l'entrevue: le 18 juillet 2011.

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