Témoignages d'anciens combattants:
Molly Pauline Campbell (née Corby)

  • Carnet de notes de raid aérien de la ville de Westminster ayant appartenu au père de Molly Campbell.

    Molly Campbell (Corby)
  • Programme de la cérémonie de mariage de Molly P. Corby avec William B. Campbell, le 5 juin 1948.

    Molly Campbell (Corby)
  • Robe de mariée de Molly Campbell acheté avec des coupons de vêtements, à la fin de la guerre.

    Molly Campbell (Corvy)
  • 21ème anniversaire de Molly Campbell, dans la Cuisine des Hommes, à "Bruce House", Londres, Angleterre, 1946.

    Molly Campbell (Corvy)
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"e m’occupais d’enfant dont l’âge variait entre 5 semaines et 5 ans, de 7 heures du matin à 7 heures du soir, pendant que leurs mères travaillaient à la fabrique de munitions."

Transcription

Je suis née à Blackfriars, ce qui fait de moi une cockney, le 4 octobre 1925. Le jour où j’ai quitté l’école, je suis rentrée à Londres pour travailler comme infirmière puéricultrice après ma formation à Battersea. Je m’occupais d’enfant dont l’âge variait entre 5 semaines et 5 ans, de 7 heures du matin à 7 heures du soir, pendant que leurs mères travaillaient à la fabrique de munitions. Quand je quittais la maison très tôt à 6 heures du matin, souvent la sirène de fin d’alerte n’avait pas encore sonné alors je devais courir jusqu’à la station de métro pour aller au travail tous les jours. On devait souvent s’engouffrer dans un abri antiaérien sur le chemin de la station de métro dans l’un des immeubles de bureaux et attendre que la sirène de fin d’alerte retentisse avant de recommencer à courir pour arriver à l’heure au travail. Le personnel, là où nous vivions, le LLC [conseil du comté de Londres] le personnel et mes parents, on dormait dans la chambre froide. On n’avait pas de frigos alors, vous voyez. Et ils avaient 700 hommes à nourrir. Alors ils ont pris deux ou trois grandes pièces dans la très, une airy, ils appelaient ça une airy, c’est une espèce de grand sous-sol, c’est tout en béton alors c’est très, des pièces très froides où ils gardaient la nourriture. Bon, l’une de ces pièces, ils y avaient fait mettre du chauffage, et on s’en servait d’abri antiaérien. Bon, on avait 7 personnes dans le personnel, maman papa. Alors les sept femmes, maman et moi, on dormait dans le sous-sol et mon père avait l’habitude de descendre avec une grosse bouilloire de thé et nous préparait des sandwiches qu’on avait pour le dîner quand on était toutes assises là. Et il avait l’habitude de passer sa tête par la porte et disait « Est-ce que mon harem est prêt? » vous savez. (rires) Alors on dormait tous là, on était sept, huit, neuf ou dix. Et c’était notre abri antiaérien chaque nuit. Et après une nuit de bombardements aériens particulièrement intenses, mon père était le premier à remonter et ouvrir notre porte d’entrée qui donnait sur la rue, pour voir si les rues avaient été dégagées, parce que ça avait été une nuit de bombardements violents et il y avait toujours des membres, des corps, qui étaient encore là dans notre rue, et on devait attendre jusqu’à ce que tout ait été nettoyé avant que je parte au travail à 6 heures du matin. Maintenant, c’est un fait mon père disait toujours « N’ouvre pas la porte avant que je sois allé dehors. » Parce qu’on vivait là où les bombardements étaient le plus intenses. Et je courais le long de la rue principale qui s’appelait Kingsway. J’habite dans Kingsway aujourd’hui, c’est drôle, parce que c’est chez moi ici, ça s’appelle Kingsway. Donc j’avais l’habitude de remonter Kingsway en courant, je regardais derrière moi, il y avait la maison d’Australie et si leur drapeau était hissé, ça voulait dire danger imminent. Alors je courais en regardant en arrière. Et alors tout à coup, cette main est sortie et le portier d’un des immeubles de Kingsway m’a attrapée « Venez par ici mademoiselle, descendez, c’est dangereux, descendez dans l’abri. » Alors vous vous retrouviez en bas avec tous ces gens que vous n’aviez jamais rencontré avant, ce qui serait impossible de nos jours. Vous restiez là en bas jusqu’à ce que la sirène de fin d’alerte retentisse, et alors il criait « Tout va bien, vous pouvez remonter maintenant. » Et je recommençais à courir jusqu’à la station de métro. C’était un sacré parcours pour arriver jusque là. Ensuite ce n’était plus que du travail de puéricultrice, tout un tas d’examens il fallait passer pour s’occuper d’enfants. Les soigner, soigner les mères. J’ai fini par être puéricultrice, c’était le plus haut degré, et ensuite je suis devenue infirmière en chef. J’étais puéricultrice en chef quad je suis partie de là. Et j’aimais beaucoup les enfants. On faisait des longues journées, c’était long. Mon premier travail ce n’était pas loin de la maison, c’était à Kingsway Hall and Nursery Scool [ Ecole de Puériculture de Kinsway Hall], ça dépendant d’une église je crois. Je commençais le travail à 7 heures du matin mais je devais être là à 6h30 parce que la directrice dormait sur place. Et je devais être là et préparer du thé à la directrice et tout le plateau et lui apporter au lit, vous savez, vers 6h30 du matin. Alors ça voulait dire que je devais partir de la maison vraiment tôt. Mais vous le faisiez. Vous portiez à la directrice sa tasse de thé pour la faire sortir du lit. Le seul service qui m’intéressait ne faisait pas partie du travail de la réserve, j’ai entendu dire ça plus tard, j’aurais dû aller dans la WLA [ Women’s Land Army]. Dans la WLA, c’était s’assurer que la nourriture était là. C’est devenu une fonction de la réserve après quelques temps je crois, j’ai entendu dire ça récemment. Mais on avait plus besoin de moi pour travailler avec les enfants ce que j’ai fait parce que les mamans devaient aller travailler à la fabrique de munitions. Alors j’arrivais au travail vers 6h30 du matin, entre 6h30 et 7 heures. Et les enfants étaient déposés, bébés et jusqu’à 5 ans, ils sortaient tout droit de leur lit. Les mères les enroulaient dans des couvertures, les déposaient là, et je travaillais dans les quartiers pauvres, très pauvres. Et ils sortaient tout droit du lit. Et bien-sûr, à cet âge là, les bébés et les enfants mouillent leur lit. Tout était mouillé, ils n’avaient pas été lavés ou baignés. Et j’adorais ça. Je les prenais, ils sentaient mauvais et je les mettais dans le bain, je leur lavais les cheveux et je les coiffais pour enlever les lentes et les poux de leurs cheveux. Je sais bien que ça parait épouvantable, mais il fallait le faire. Et on les baignait, je lavais tous leurs vêtements et ensuite c’était nos enfants pendant toute la journée, ils portaient nos vêtements. Avant de rentrer chez eux le soir, on leur remettait leurs vêtements propres, tout en sachant qu’ils allait revenir le lendemain et qu’ils sentiraient mauvais à nouveau. Mais au moins ils étaient propres et ravissant pendant qu’on les avait. Disons que vous êtes dans un groupe d’enfants entre 5 semaines et un an et ensuite vous alliez de un à deux ans, et de deux à cinq ans ou quelque chose comme ça. Des pièces distinctes. Dans une grande maison, c’est là qu’elles étaient ces pouponnières. Quand j’avais une promotion, je déménageais ou quand j’étais mutée pendant la guerre on devait s’en aller. Mais c’était toujours géré par le conseil. Et ensuite on a eu une grande maison, on a eu une très belle maison à Epsom dans le Surrey. Alors chaque pièce était consacrée à un groupe d’âge différent et ils avaient tous leurs petits lits. On les couchait après le déjeuner, on les faisait dormir dans ces petits lits. Et ils dormaient pendant une heure environ. On avait une belle cuisine, oui, on faisait leurs repas. Et j’étais mariée à ce moment-là, alors la guerre était finie, mais ils continuaient à faire marcher ces pouponnières. Mais pendant la guerre, c’était une grande maison, dans Kentish Town, et je suis passée de l’endroit géré par l’église à Kentish Town. Et c’était un quartier vraiment pauvre, Kentish Town ça se trouvait dans le quartier cockney de Londres. Alors ça, je préférais travailler de cette façon, et ces enfants étaient propres et soignés et agréables pendant la journée. Ils ne rentraient que pour dormir dans leurs petits lits ou ce qu’ils avaient et revenaient le lendemain matin. On les a élevé plus ou moins. Mais vous sortiez danser aussi, vous faisiez toujours ces choses là. Vous preniez le métro, pour aller danser et il fallait courir de la station d métro jusqu’à la salle de bal. Mais vous le faisiez quand-même, autrement vous auriez été un zombie. Vous savez, pendant cette, vous finissiez par en être blasé de tout ça et il fallait continuer à vivre malgré tout.
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